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Bioterrorisme la France face à une nouvelle menace de la variole

La variole : C'est une maladie virale très contagieuse qui a été éradiquée en 1980. Elle ne présentait donc plus qu'un intérêt historique. Ces derniers mois cependant, la variole est revenue sur le devant de la scène car elle est évoquée comme une "arme" possible dans le cadre du terrorisme biologique.

Qu'est-ce que c'est ?

La variole, ou "small pox" en anglais, est une maladie infectieuse éruptive contagieuse, et fréquemment mortelle. Elle fait partie des maladies exanthémateuses, c'est-à-dire qui donnent des taches sur tout le corps.

Un peu d'histoire

L'histoire de la variole évoque immédiatement la découverte de la vaccination. En effet, c'est l'anglais Edward Jenner qui a pratiqué en 1796 la première vaccination sur un enfant. Ayant remarqué que les patients ayant eu la vaccine (ou variole des vaches, maladie bénigne pour l'homme) étaient relativement protégés contre la variole humaine, il a injecté par scarification de la vaccine à un enfant, qui s'est trouvé protégé contre la variole humaine. C'est ainsi qu'est née la vaccination, dont le nom rappelle son utilisation première.

La variole faisait autrefois partie des six maladies infectieuses les plus meurtrières. Elle a aujourd'hui totalement disparu grâce à la vaccination. En 1900, la variole avait disparu dans de nombreux pays d'Europe du Nord. En 1967, l'OMS a mis en place le Programme Intensif d'Eradication de la Variole, qui a permis d'éliminer la maladie des pays où elle subsistait à l'état d'endémie. Le dernier cas de variole naturelle e été signalé en Somalie en 1977. Le 8 mai 1980, l'OMS déclarait que la variole avait été éradiquée de la surface de la terre.

Les souches de virus ont été conservées dans deux laboratoires collaborateurs de l'OMS (au Center for Disease Control d'Atlanta et à Koltsovo en Russie). Elles doivent normalement être définitivement détruites en 2002, pour éviter toute résurgence de la maladie.

Causes et facteurs de risque

La maladie est due au virus de la variole, de la famille des orthopoxvirus, dont le réservoir est strictement humain. Il se transmet directement d'homme à homme (par contact avec les sécrétions respiratoires ou les lésions cutanées), mais parfois également par l'intermédiaire d'un objet contaminé. En effet, le virus est relativement résistant et peut survivre un certain temps à l'extérieur.

Le virus de la variole s'implante d'abord dans la muqueuse pharyngée ou respiratoire. Par la suite, il se multiplie et se dissémine dans tout l'organisme, puis va se stocker au niveau des lésions cutanées. Le patient est contagieux à partir du début de l'éruption jusqu'à disparition des lésions, soit pendant environ trois semaines.

Les signes de la maladie

La période d'incubation dure 12 à 14 jours. Les premiers signes sont une fièvre élevée avec des maux de tête et des douleurs dorsales. Il existe parfois des douleurs abdominales. Deux à trois jours après apparaît l'éruption, sous forme de taches rouges, puis de vésicules, enfin de pustules (contenant des petites bulles de pus). Les lésions débutent sur la face puis atteignent progressivement le reste du corps.

L'examen médical révèlera également des lésions de la bouche et du pharynx.

Les pustules se transforment ensuite en croûtes qui sont fortement contagieuses, et se répandent dans les vêtements et les plis des draps. Elles disparaissent en laissant des cicatrices parfois importantes.

Examens et analyses complémentaires

Le diagnostic de la maladie serait affirmé de nos jours par examen du sérum au microscope électronique.

Evolution de la maladie

La forme majeure de la maladie, décrite ici, est mortelle dans 20 à 40 % des cas. Il existe une forme mineure qui n'est que très rarement mortelle. Le patient qui survit à la maladie est immunisé à vie.

Traitement

Il n'y a pas de traitement spécifique pour la variole. Les antibiotiques ne sont d'aucune efficacité contre les virus. Il est possible d'utiliser des substances qui renforcent l'immunité (immunoglobulines) et la réanimation permet de préserver les fonctions vitales des patients.

Comment se protéger ?

La maladie ayant été éradiquée, le virus ne circule plus. Si des cas de variole étaient signalés quelque part dans le monde, il s'agirait d'une urgence internationale de santé publique. Les patients seraient aussitôt isolés de façon stricte, et les sujets à leur contact seraient vaccinés. La vaccination précoce d'un sujet ayant été en contact avec le virus permet de le protéger.

Le vaccin ayant permis l'éradication de la maladie pourrait encore être utilisé de nos jours (mais il n'est pas disponible sur le marché). C'est un vaccin vivant, contenant non pas le virus de la variole mais celui de la vaccine. Comme tout vaccin vivant, il ne doit pas être utilisé chez les patients immuno-déprimés (patients sous chimiothérapie anticancéreuse, patients HIV, patients atteints de maladie grave…). Des cas d'encéphalopathie graves ont également été signalés après la vaccination. C'est donc un vaccin relativement dangereux, ce qui explique que la reprise de la vaccination systématique de toute la population ne soit absolument pas à l'ordre du jour, d'autant que nul cas de variole n'a été signalé.

La dernière nouveauté en date un jeu vidéo qui simule la fin du monde grâce à vous qui êtes atteint du virus variolique et le transmettez à tout le monde.

Réponse du Secrétariat d'État, auprès du ministère des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, chargé des droits des femmes

publiée dans le JO Sénat du 02/12/2015 - page 11996

Mme Catherine Génisson. Je souhaite attirer l'attention de M. le ministre de la défense et du Gouvernement sur la nécessaire révision du plan variole et la mise en place d'une nouvelle stratégie vaccinale.

La variole, maladie contagieuse et potentiellement grave, a été officiellement éradiquée à la fin des années soixante-dix, grâce à une compagne mondiale de vaccination. Dans les années quatre-vingt, la vaccination de la population a donc été arrêtée et les stocks de virus ont été détruits ou transférés vers l'un des deux laboratoires habilités par l'Organisation mondiale de la santé.

Cependant, le Haut Conseil de la santé publique suggère, dans un avis du 21 décembre 2012, d'actualiser le plan national de réponse à une menace de variole datant de 2006, afin de protéger plus efficacement les populations d'une possible épidémie. Il existe une nouvelle technologie qui permet une vaccination sans effet secondaire : les vaccins non réplicatifs, dits « de troisième génération ».

Il est à noter que, en France, la population de moins de 35 ans n'est pas protégée, ce qui représente 25 millions de personnes environ. La perte progressive de l'immunité vaccinale des populations nées depuis l'arrêt de la vaccination fait craindre de possibles disséminations. La variole occupe aussi une place à part entière dans le spectre des éventuelles actions bioterroristes.

La stratégie vaccinale nationale et la décision de sa mise en œuvre relèvent du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, le SGDSN. Depuis mars 2014, celui-ci pilote des réunions interministérielles associant des représentants des ministères des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, de la justice, de l'intérieur, des affaires étrangères et de la défense, ainsi que de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé.

Je souhaite vous interroger, madame la secrétaire d'État, sur le calendrier de finalisation de la nouvelle stratégie vaccinale.

M. le président. La parole est à Mme la secrétaire d'État.

Mme Pascale Boistard, secrétaire d'État auprès de la ministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes, chargée des droits des femmes. Madame la sénatrice, les pouvoirs publics français sont très conscients du risque lié à la variole et s'investissent pour assurer un haut niveau de protection de la population.

C'est pourquoi une révision du plan interministériel de lutte contre la variole de 2006 a été engagée par le SGDSN en novembre 2013. Cette révision implique l'ensemble des ministères concernés, dont celui qui est chargé de la santé.

Dans ce cadre, l'Institut de veille sanitaire a été saisi de la question de la stratégie de vaccination, afin de définir les conditions optimales de protection. Les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé et l'avis du Haut Conseil de la santé publique du 21 décembre 2012 seront pris en compte pour élaborer une stratégie de prise en charge sanitaire, qui comprendra notamment l'acquisition de vaccins. Ces travaux sont dorénavant achevés et les arbitrages interministériels sont en cours de finalisation. Le nouveau plan variole sera élaboré sur cette base. Il restera classifié pour des raisons de sécurité.

M. le président. La parole est à Mme Catherine Génisson.

Mme Catherine Génisson. Je vous remercie, madame la secrétaire d'État, de ces éléments d'information. Nous connaissons les dégâts que provoque cette terrible maladie qu'est la variole. Je rappelle que 25 millions de nos compatriotes ne sont aujourd'hui pas vaccinés contre cette maladie.

Menace bioterroriste : pourquoi il faut réviser le plan variole français actuel

Le contexte international actuel fait du bioterroriste une menace réelle et immédiate. La variole est l’arme furtive par excellence. Un stock de 250 000 doses du vaccin, avec un coût équivalent à un ou deux chars Leclerc, permettrait à la France de protéger sa population, et particulièrement les jeunes générations qui, elles, ne sont pas vaccinées.

Daesh contrôle aujourd’hui de vastes territoires, ce qui lui donne potentiellement accès à d’importants matériaux, des hôpitaux, des universités et des laboratoires. Parallèlement, ce groupe cherche de plus en plus à séduire et à cibler des recrues ayant des compétences en biologie et en chimie. C’est pourquoi les experts réunis lors d’un débat intitulé "Maladie infectieuses ré-émergentes : enjeu de santé publique ou de sécurité nationale ?", le 4 novembre dernier, avant les attentats de Paris, avaient souligné l’urgence à se préparer à faire face aux menaces que constituent les maladies infectieuses réémergentes pour les populations. Ils se sont appuyés sur les exemples de la variole et de la récente gestion de la crise Ebola pour essayer d’éclaircir la manière dont les États doivent anticiper.

Le Haut Conseil de santé publique (HCSP) a émis un avis en décembre 2012 encourageant les autorités à réviser le plan variole français : constitution d’un stock de vaccins de troisième génération à destination des intervenants de première ligne. Ce plan consiste à permettre à la France d’être préparée contre l’éventualité d’une attaque bioterroriste qui utiliserait le virus de la variole. Lors de ce débat, les trois experts présents, Andrew C. Weber (coordinateur adjoint pour la réponse Ebola au département d’État des États-Unis, et ancien secrétaire adjoint à la Défense pour la sûreté nucléaire, chimique et biologique sous la présidence de Barack Obama), Mario Faure (président de l’Union des associations d’auditeurs de l’Institut des hautes études de Défense nationale) et le Pr Patrick Zylberman (professeur titulaire de la chaire d’histoire de la santé à l’École des hautes études en santé publique) se sont mis d’accord sur le fait qu’il fallait rapidement agir et qu’une décision politique devait être prise.

Andrew Weber a introduit son propos en partageant son expérience dans la lutte contre les proliférations nucléaires, chimiques et bactériologiques au sein du département d’État des États-Unis. Cela l’a amené à insister sur deux points fondamentaux concernant la menace bioterroriste : le contexte international actuel en fait une menace réelle et immédiate ; la nécessité d’une concertation internationale pour s’y préparer et s’en prémunir. Il a rappelé que nous avons une connaissance historique des pays étant capables et désireux de développer des arsenaux chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires (CBRN) à l’échelle industrielle. Cette connaissance s’ajoute aux progrès technologiques et à la présence des groupes comme Daesh ou Al-Qaïda.

"La variole, c’est l’arme furtive par excellence"

Le Pr Zylberman a rappelé les conséquences que la crise Ebola a pu avoir sur les structures étatiques des pays concernés par le virus en parlant de "structures publiques en ruine". Il a rappelé la théorie de la dissuasion by denial développée par Sam Nunn en 2001 : il s’agit pour un État, dans l’éventualité d’une menace bioterroriste, de préparer en amont de celle-ci un plan de réponse. "S’agissant du cas de la variole, c’est l’arme furtive par excellence. Le virus a été officiellement déclaré éradiqué à l’échelle globale en 1980. Plus de trente ans après le début des discussions à Genève, les échantillons de virus de la variole conservés aux États-Unis et en Russie n’ont toujours pas été détruits. Si la variole était réintroduite sur le territoire, ce ne pourrait être que de manière criminelle", a expliqué Patrick Zylberman. Il a ainsi indiqué que la révision du Plan variole conseillée par le HCSP en décembre 2012 était conditionnée à la mise sur le marché de vaccins non réplicatifs dits de troisième génération, destinés aux intervenants de première ligne. La vaccination généralisée de la population n’est pas conseillée par le HCSP.

Mario Faure a mis l’accent sur deux aspects entourant la révision du plan variole français : le processus décisionnel et la balance coûts/bénéfices d’une telle révision. Il a indiqué qu’aucune décision politique n’a encore été prise. "La révision du plan variole est un cas typique de ce que je nomme le triangle des Bermudes décisionnel, confie Mario Faure. Il est de la responsabilité des États de prendre la décision de constituer un stock de vaccins afin de protéger leurs populations face à l’éventualité d’une menace bioterroriste. Les États sont les seuls clients susceptibles d’acheter ce type de vaccins. Dans la mesure où les règles de l’économie de marché ne s’appliquent pas à ce type de commandes, les États se doivent de s’assurer que les laboratoires les ayant développés puissent continuer à en produire." Au regard du coût très modique que représente la constitution d’un stock de 250 000 doses du vaccin de troisième génération recommandé par le HCSP, Mario Faure a rappelé qu’un tel stock permettrait à la France de se doter d’une capacité de dissuasion efficace face à la menace variolique, "ce qui découragerait assez logiquement toute action malintentionnée à l’encontre du pays". L’équivalent du coût d’"un ou deux chars Leclerc" permettrait ainsi à la France de protéger sa population, et particulièrement les jeunes générations qui, elles, ne sont pas vaccinées.

"Un stock de vaccins suffisant pour faire face à la menace"

"S’appuyant sur l’exemple de la gestion de la crise Ebola, nous constatons la nécessité de constituer des partenariats interétatiques face à ce type de menace en favorisant en amont des stratégies communes pour s’y préparer. En ce qui concerne la variole, les États-Unis ont aidé à financer le développement d’un nouveau vaccin et ont constitué un stock suffisant pour faire face à la menace présentée par ce virus, a souligné Mario Weber. J’aimerais encourager les autres États à coordonner ce type d’initiatives afin d’être préparés, car il est dans l’intérêt de tous qu’il y ait un stock mondial de ce type de vaccins. Malheureusement, il n’y a aucune circonscription électorale pour ces types de décisions politiques. Cependant, quand il s’agit du bioterrorisme, les enjeux ne respectent ni les lignes politiques ni les domaines de compétences des différents ministères", a-t-il conclu.

Source :
www.egora.fr
Auteur : Dr Philippe Massol

Tag(s) : #variole, #epidemie, #pandemie, #bioterrorisme

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